La rue vue par la rue


Quand des SDF twittent leur quotidien

mercredi 16 octobre 2013

Nicolas @nickopompons



"Le plus dur c’est affronter le regard des gens, de garder une certaine fierté"


«Bonjour,

Tout a commencé quand j’ai quitté mes parents à 18 ans. J’avais estimé qu’ils avaient assez payé avec mes conneries. En partant, j’avais un vrai projet en tête : ouvrir un magasin de jeux de rôles. Avec mon gros dossier sous le bras, mon costume trois pièces, mon étude de marché, mes demandes fournisseurs, je devais faire une formation en gestion, création et reprise d’entreprise avec la Chambre de Commerce. J’avais fait les choses bien. Mais la formation, rémunérée, que je croyais presque acquise n’est jamais venue. Alors quand je n’ai plus eu aucune visibilité financière j’ai suivi les seuls qui m’avaient soutenu à l’époque, des anciens de la rue qui m’accompagnaient comme ils pouvaient dans mes démarches…

Avec mes 11 ans d’Eclaireur de France (Scoutisme, ndlr), dormir dans des tentes ou à la belle étoile ce n’est pas ce qu’il y a été le plus dur pour moi au début. Non. Le plus dur c’est affronter le regard des gens, de garder une certaine fierté et d’éviter de se réfugier dans quelque addiction que se soit.

La meilleure école c’est la vie et le meilleur professeur c’est la rue. Pour autant, je ne le recommande à personne. C’est pas une vie ! Mais beaucoup devraient faire l’expérience pour qu’ils puissent comprendre ce que les gens vivent à la rue. De vivre le regard de l’autre, d’être pire qu’une crotte de chien.

Cela dit, moi je préfère rester le cul par terre que voler une mamie ou une banque. Pour moi c’est aussi une question de valeurs quelque part. De montrer que même si on est dans la galère on n’a pas forcément besoin d’être dans la délinquance pour s’en sortir.

Je prends souvent des jeunes qui arrivent à la rue sous mon aile. Je reproduis juste que les anciens avaient fait avec moi. Je leur apprends les bases pour s’en tirer après c’est à eux de se débrouiller par eux-mêmes.

J’ai un appartement depuis 10 mois parce qu’avec ma compagne qui était à la rue on a eu une magnifique petite fille. Pour autant, tout n’est pas réglé, je continue à faire la manche. Mon appart s’avère aussi très utile pour beaucoup de mes amis de la rue. Ils peuvent y trouver un petit endroit où manger chaud, où garder leur chien en toute sécurité le temps d’une course administrative. Ça leur apporte un peu de sécurité, même si c’est mal vu par certains voisins, je n’oublie pas d’où je viens.

Moi dans l’idéal, j’aimerai trouver un boulot en rapport avec les animaux, qui ont toujours occupé une place importante dans ma vie. Mes différents chiens ont souvent été des garde-fous pour moi, tout l’amour que je leur ai donné ils me l’ont rendu au-delà. J’ai un projet de service à la personne que j’aimerai concrétiser un jour : installer dans un corps de ferme un service de gardiennage d’animaux. Les premiers bénéficiaires seraient évidemment les gens à la rue pour qui leurs animaux sont souvent des handicaps quand il s’agit d’aller travailler ou même de trouver des hébergements. »

Nicolas, dit « Pompon »

NB : Nicolas participe par ailleurs 2 fois par mois à l’émission « Paroles de la rue, paroles des exclus » sur Radio Résonnance à Bourges.  Il aura l’occasion de twitter les podcasts des émissions…


1 commentaires:

Andrew Blash a dit…

Bonjour, Quelle est la gamme de vitesse que vous avez? Souhaitez-vous partager avec nous la façon dont vous vivez dans les éléments ou le temps? Serait partager avec nous votre cuisine ou les moyens alimentaires? En outre, ce sont les banques alimentaires comme en France et votre système Libary?

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